Repenser la théologie dans la pluralité religieuse

Communiqué du département de théologie
de l’Université de Lorraine,
à l’occasion du déploiement d’une nouvelle offre de formation
unique en France
21 janvier 2018

 


Le centre autonome d’enseignement de pédagogie religieuse (CAEPR – département de théologie) a été créé en 1974 au sein de l’Université de Metz à l’initiative du diocèse de Metz, de concert avec les fondateurs de l’Université de Metz, et compte tenu du statut local de la Moselle, comme lieu de formation des clercs et des laïcs chargés de l’enseignement religieux. Ce double statut a toujours conféré au Centre une identité originale, tant vis-à-vis des autres structures de l’Université que des instituts privés de formation théologique. Il a toujours allié le souci d’une formation théologique articulée à la foi (avec un accent particulier sur la question de son enseignement dans les établissements scolaires), et la démarche libre, critique et contradictoire propre au monde académique.

Récemment, les autorités du diocèse de Metz ont annoncé leur choix de se dissocier du CAEPR et de créer une institution distincte de l’Université pour assurer la formation des cadres du diocèse. Nous regrettons ce choix, car nous sommes convaincus de la pertinence d’une pratique académique de la théologie, en particulier lorsqu’elle est devant le défi de s’approprier les questions de société d’une époque. D’une part, la théologie gagne en visibilité et en crédibilité à être insérée parmi toutes les disciplines du savoir. D’autre part, les étudiants, qu’ils soient clercs, laïcs, athées ou agnostiques, retirent un enrichissement mutuel à suivre une formation en commun.

Nous pensons cependant qu’il y a là également une opportunité à saisir, dans un contexte de mutations importantes du rapport au religieux dans notre société. Ces mutations posent à nouveau la question de la présence universitaire de la théologie. D’abord, l’enseignement de la théologie catholique ou même chrétienne à l’Université perd de son évidence, et pas seulement en France. Aussi bien en Suisse qu’au Québec, en Allemagne ou en Belgique, on constate que les facultés de théologie s’interrogent sur leur place et leur mission. Il en est ainsi car le christianisme n’est plus structurant dans ces sociétés, et les institutions qui le portaient sont mises en question. En outre, la mondialisation et la plus grande visibilité en Europe de populations religieuses non chrétiennes, en particulier musulmanes, pose la question de la présence de théologies elles aussi non chrétiennes au sein de l’Université. En tout état de cause, l’enseignement et la recherche en théologie sont désormais indissociables de la question de la religion dans un espace public multi ou a-confessionnel, d’une part, et de la réflexion inter-religieuse, d’autre part. Et il nous semble que l’on ne peut plus faire de la théologie à l’Université sans prendre en compte ces données.

C’est pourquoi nous avons décidé d’offrir, dans les années qui viennent et dès la rentrée de septembre 2018, une formation en théologieS, en insistant sur le pluriel. À partir du socle de nos enseignements actuels, qui sera progressivement renouvelé, nous comptons offrir une proposition d’enseignements qui intègre en particulier certains aspects des théologies juives et musulmanes. Cette formation permettra de réfléchir aux interconnexions mais aussi aux différences et aux apports mutuels possibles de ces différentes traditions monothéistes. Dans cette perspective, l’équipe enseignante sera elle aussi renforcée et diversifiée.

Il ne s’agit pas, comme cela est possible et se trouve tenté dans plusieurs départements de théologie, de transformer le CAEPR en département de sciences des religions. Pas question non plus de nous contenter d’une approche strictement comparatiste, comme si chacune des traditions possédait une doctrine figée et indépendante des autres. Notre attachement au mot théologie est grand. Il recouvre une réflexion et une discussion sur les formes religieuses historiques et sociales, et sur la compréhension de la foi par elle-même. Cela n’intéresse pas seulement les fidèles de telle ou telle religion, mais aussi celles et ceux qui veulent comprendre de l’intérieur ce qui se joue dans le religieux, et dans l’humain.

Bien sûr, un tel virage ne se fera pas en quelques mois. Il ne se fera pas non plus sans une réflexion scientifique de fond sur la nature même de la théologie et des théologies. Nous avons commencé à la mener, et nous la poursuivrons dans les mois et années qui viennent à travers différents programmes de recherche. Nous espérons ainsi contribuer à relever des défis parmi les plus importants de nos sociétés.

 

 

 

17-19 octobre 2017, Metz

MSH Lorraine - Centre Ecritures - Université de Lorraine - Metz - France

Pour plus d'information, voir le site textualplurality.eu

 

Organizing commitee

Jean-Sébastien Rey (Université de Lorraine)
Corrado Martone (Università di Torino)
Noam Mizrahi (Tel Aviv University)
Marieke Dhont (Université de Lorraine)

 

Location

Salle E208, UFR Sciences Humaines et Sociales
Campus du Saulcy - Metz

 

Program

 

Topic of the conference

The discoveries of the Dead Sea Scrolls, in the middle of the 20th century, and of the Cairo Genizah, at the end of the 19th century, have shed new light on the question of divergent textual forms, not only for the texts that constitute the Hebrew Bible, but also for cognate ancient Jewish literature. While 19th century scholars addressed the problem of divergences between textual witnesses through the concept of an alleged Urtext, this response is no longer satisfactory. New paradigms are needed to accommodate textual plurality and textual development.

While such a problem has been mainly dedicated to the study of the history of the biblical text, the present conference aims to focus on the so-called non-biblical texts from the Dead Sea Scrolls and their development in antiquity (or on texts in the margin of the biblical canon). We are perfectly conscious that the distinction between biblical and non biblical texts is artificial in the case of the Dead Sea Scrolls, and that the conference will focus precisely on texts on the border of what will become the biblical canon (as Jubilee, the Temple Scrolls or the Reworked Pentateuch, etc.)

The aim of this project is to rethink the textual plurality and to theorize the phenomenon and its theological, legal, political, social and cultural implications. Papers of this conference will address the following issues: (1) divergent textual witnesses from the same linguistic tradition; (2) when divergences implicate to stop considering texts as a “copy” of another text and start to be a “new” composition; (3) the phenomenon of translation and cultural transfers it entails; (4) semantic and conceptual transformation through transition from one language to another, from one socio-cultural identity to another; (5) implications of textual variants between the different witnesses, but also with comparison to rabbinical and patristic traditions; (6) in-depth study of scribal practices, at codicological level: paratextual elements, corrections, marginal notes as witnesses of a hermeneutical process through text transmission. Obviously, the transmission of the text is intertwined with its transformation, under the impact of scribes, translators, and commentators.

 

Le Centre Ecritures et le CAEPR vous proposent le 16 juin 2017, dès 9h30, une journée d’étude ouverte à tous sur le thème : Le Notre Père, traductions et traditions.

Informations pratiques :

16 juin 2017 | 9h30-17h

CAEPR (Metz, avenue Jean XXIII)

Bâtiments du Grand Séminaire

Salle Saint Jean-Baptiste

Voici le programme de cette journée d’étude :

Article paru dans l’Est Républicain le 4 février 2017

Questions à Fabien Faul, maître de conférences, Département de théologie, Université de Lorraine
Propos recueillis par Stéphanie Schmitt


De l'homme «réparé» à l'homme «augmenté» ?

C'est une question anthropologique. Faut-il considérer que les capacités de l'humain sont finies? Est-ce qu'il faut renoncer à les augmenter ?
On parle là de mécanique, d'implants, d'électronique, etc. Mais quel être humain veut-on mettre en place ? Est-ce une libération, un asservissement à des machines ? Ou l'accès à une humanité supérieure ?

Pour l'année académique 2017-2018, le Master (M1 et M2) seront entièrement disponibles en présentiel et à distance.

Tous les étudiants seront tenus de participer à une session intensive de 4 jours, du lundi 11 au jeudi 14 septembre 2017.

Les étudiants à distance, en particulier ceux qui terminent leur M1, seront également tenus de rencontrer en fin d'année académique (dates à définir) le responsable du Master pour faire le bilan de l'année et l'enseignant (les enseignants) référant du mémoire afin de mettre en chantier ce travail de fin d'études.

C'est maintenant possible grâce à une convention signée entre l'Institut Catholique de Paris et l'école Doctorale Fernand Braudel.

Depuis le 1er septembre 2016, une convention a été signée entre l'Institut Catholique de Paris et l'école Doctorale Fernand Braudel. Cette convention a pour objectif de renforcer les collaborations entre les deux institutions à travers des co-directions de thèses et des co-diplomations. Les étudiants peuvent donc réaliser à la fois une thèse de doctorat de théologie d'état de l'Université de Lorraine et un doctorat de théologie canonique de l'Institut Catholique de Paris.

 

N'hésitez pas à vous renseigner auprès de la direction du département de théologie pour toute inscription en thèse au sein de ce processus.

Auteur : Dorothée MULLER (étudiante en M1 Théologie)

Nous voulons nous intéresser à la traduction d’un verset du Cantique des cantiques (Ct 1,5) qui contient différentes interprétations possibles. En effet, notre verset peut soit commencer par « Je suis noire et belle » pour les uns ou « Je suis noire mais belle » pour d’autres, sous différentes variantes utilisant toujours l’opposition. 

Une traduction littérale du verset serait : « Je suis noire et belle (littéralement, « Noire moi et belle » le verbe être n’existant pas en hébreu et étant sous-entendu), filles de Jérusalem comme les tentes de Qédar, comme les rideaux de Salomon ». 

L’ambiguïté du verset repose essentiellement sur le sens de la particule waw en hébreu, préfixée directement au mot qu’elle précède. Un sens extrêmement polysémique, le dictionnaire KBL en donne trente entrées différentes. La particule traduit souvent la coordination (« et »), mais peut également avoir une valeur adversative (« mais ») et, comme le note Claire Placial, c’est souvent par cette dernière que les traductions ont rendues l’expression (« je suis noire, mais belle ») marquant par là une opposition entre la noirceur et la beauté. C’est l’interprétation que retiennent nombre de commentateurs et en particulier, récemment, G. Barbiero. Il appuie son interprétation sur le parallélisme avec le stique suivant en associant la noirceur aux tentes de Qédar et la blancheur aux rideaux de Salomon. Mais les tentes de Qédar et les rideaux de Salomon s’opposent-ils en ces termes ?

Auteur : Anthony FENEUIL

La distinction entre un Coran directement tombé du ciel, ou en tout cas dicté par Dieu à Mahomet et reflétant sans écart sa parole, et une Bible certes divinement inspirée, mais composée par des témoins faillibles, est claire et pédagogique. C’est sans doute pourquoi elle est si souvent mobilisée dans le débat public sur l’islam.

Il n’est pas rare d’entendre un intellectuel déclarer d’un air contrit que si l’islam est moins accommodant que le christianisme avec la démocratie moderne, ce n’est pas faute de bonne volonté de la part des musulmans, mais pour une profonde raison théologique : « pour l’islam, écrivait Rémi Brague en 2008 dans un livre destiné au grand public, le Coran a pour auteur non pas Mahomet, mais Dieu qui le lui a dicté ; Mahomet n’est que le scribe. De même, le véritable auteur du Paradis perdu est Milton, non sa fille à qui, devenu aveugle, il dictait son poème. » Mais si les mots du Coran sont ceux mêmes de Dieu, comment oserait-on les interpréter, les contextualiser, peut-être les relativiser ?

 

Auteur : Erick CAKPO

Violées, vendues comme esclaves, considérées comme trésors de guerre, mariées de force à des djihadistes… pas un jour sans que la presse ne relaie le terrible sort réservé aux femmes par l’État islamique. Ce dernier trouve une justification à ces exactions en les mettant en lien avec le Coran, jusqu’à construire une véritable théologie du viol. Ainsi apprend-on que, selon Daech, nier l’esclavage et le viol des femmes, c’est se moquer du Coran ; un traitement qui vise particulièrement les minorités yézidies et chrétiennes. Mais au-delà même de ces minorités, la condition de la femme musulmane dans l’État islamique est particulièrement préoccupante.

"En 2007, j'ai choisi de m'inscrire en Licence de théologie au CAEPR de Metz, car ce programme proposait un panel de cours variés, et je ne souhaitais pas, au début de mes études, me spécialiser dans une discipline trop restreinte.

Au cours de ces trois années, j'ai pu notamment suivre des cours d'Histoire, de langues anciennes (grec, hébreu etc.), d'exégèse, de droit canonique mais aussi de philosophie, d'éthique et de pédagogie.

J'ai ensuite opté pour une spécialisation en philosophie (pour le Master), au Canada. J'ai par la suite travaillé un temps dans l'enseignement, puis dans l'édition avant de monter ma propre maison en 2015 (www.synapse-editions.com).

Ce blog a pour objectif de diffuser à un large public des réflexions menées par des théologiens, universitaires, en particulier les étudiant(e)s de Master du département de Théologie de l'Université de Lorraine, mais aussi les enseignant(e)s chercheurs(euses) de tout champ disciplinaire.

Il vise à promouvoir des réflexions argumentées et critiques sur des questions de théologie.

Notre société contemporaine est fondamentalement, et de manière inédite, confrontée a des questions qui articulent données théologiques et enjeux sociétaux (mariage pour tous, questionnement éthique, burkini, radicalisation, attentats, martyre). Il est fondamental que les débats, et plus particulièrement sur les réseaux numériques, ne soient pas limités a des discours purement idéologiques ou émotionnels, mais qu'une vraie réflexion et des débats ouverts et respectueux se mettent en place.